Vers un musée-mémorial du terrorisme à Paris (L’Humanité Magazine)

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Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, la France s’apprête à se doter d’un musée-mémorial consacré au terrorisme.

Le 6 novembre 2025, la mission de préfiguration a annoncé son installation dans une ancienne caserne de pompiers du 13e arrondissement de Paris, avec une ouverture envisagée d’ici 2030.

Le chemin fut long et semé d’embûches politiques. Le projet, freiné successivement par la ministre de la Culture Rachida Dati puis par le premier ministre Michel Barnier, a failli être enterré. C’est finalement sous la pression des associations de victimes que le président de la République a réaffirmé son engagement en janvier 2025, avec un budget revu à la baisse de 20 millions d’euros.

L’historien Henry Rousso, qui pilote le projet, souligne son caractère inédit. Plus de 2 500 scellés judiciaires ont été collectés, couvrant plus de cinquante ans d’histoire du terrorisme, en lien étroit avec les victimes et leurs associations. L’institution se veut avant tout un musée d’histoire et de société, destiné à expliquer et documenter un phénomène toujours d’actualité.

Pour Arthur Dénouveaux, président de Life for Paris, la société française a trop longtemps préféré les minutes de silence à une analyse approfondie des processus politiques conduisant au terrorisme. Il pointe la difficulté structurelle du projet : les responsables politiques en sont à la fois les commanditaires et les financeurs.

Les critiques n’ont pas manqué. Le Figaro a notamment qualifié le futur lieu de « musée des horreurs », une attaque jugée incompréhensible par Henry Rousso, qui rappelle l’existence de lieux similaires comme le Mémorial de la Shoah, celui du génocide des Tutsis à Kigali ou encore le mémorial du 11-Septembre à New York.

L’association Life for Paris a annoncé sa prochaine dissolution, son dernier objectif étant précisément d’assurer la pérennisation de la mémoire des victimes au sein d’une institution. Comme le résume Arthur Dénouveaux : après l’ouverture du musée, les victimes pourront dire qu’elles l’ont été, sans avoir à continuer de le porter activement.

Kareen Janselme, L’Humanité Magazine, 13-19 novembre 2025